L'Esclavage |
L'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises de François-Auguste Biard |
1848. L'abolition semble imminente pour bon nombre de personnes. La Révolution de février, en France, sert de détonateur. Le 24 février, Louis-Philippe est chassé de son trône. |
Le lendemain, la République est proclamée. Un Gouvernement provisoire prend place, composé d'Arago, Ledru-Rollin, Louis Blanc, Lamartine, Crémieux, Garnier-Pagès, Marie, Marrast, Flocon, Albert. Parmi ces hommes, de nombreux abolitionnistes. |
Gouvernement provisoire de 1848 |
François Arago est désigné ministre de la Marine et des Colonies. Dès sa nomination, il envoie une dépêche aux gouverneurs des colonies. Ils savent que l'annonce du changement de régime politique entraîne des bouleversements dans les colonies. Il veut, par ce biais, appeler au calme et rassurer les habitants sur les intentions du Gouvernement révolutionnaire. |
Les esclaves s'agitent : Perrinon et Husson appellent au calme. |
Le 27 avril 1848, l'acte officiel d'abolition de l'esclavage est signé. Ce décret mit fin à plus de deux siècles de servitude, mais il n'était applicable qu'au bout de deux mois après sa promulgation. |
Revenons dans le détail à cette période : |
24 Février 1848 : Le roi Louis-Philippe est renversé en France. Un Gouvernement provisoire révolutionnaire et républicain est formé. |
25 Février : Arago est nommé ministre de la Marine et des Colonies du Gouvernement provisoire. Il est favorable à l'abolition de l'esclavage, mais recherche un compromis avec les colons propriétaires. C'est un ami de Schlcher. |
4 Mars : Victor Schlcher, rentré d'une mission d'Afrique est nommé Sous-secrétaire d'Etat aux colonies. Sa mission : trouver les moyens d'une abolition sans heurts dans les colonies. Le Gouvernement provisoire, composé majoritairement d'abolitionnistes convaincus, oscille cependant sur le fait de savoir si elle doit être graduelle ou immédiate. Schlcher convainc Arago dans la nuit du 3 au 4 de la rendre immédiate. Le 4 mars, un décret rend public le principe de l'abolition immédiate de l'esclavage, au titre que "nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves". |
25 Mars : La Martinique apprend le renversement de la Royauté, connaît la nomination d'Arago, mais pas encore le décret du 4 mars. |
28 Mars : Le décret du 4 mars est maintenant connu aux Antilles. L'annonce de l'abolition à venir se propage dans l'Ile. |
30 Mars : Le Conseil privé de la Martinique se réunit pour organiser le travail et faire achever la récolte avant toute abolition. |
31 Mars : Le Directeur de l'Intérieur, Husson, fait connaître en français et en créole la perspective future d'une abolition, mais incite au calme et à la patience. |
21 Avril : Les esclaves, qui depuis presque un mois attendent avec chaque bateau à l'arrivée l'annonce de leur libération, sont déçus et s'agitent. Le Vendredi saint, ils manifestent dans les rues de Saint-Pierre et font signer aux passants des reconnaissances et des pétitions en faveur de l'abolition de l'esclavage et de la République. |
22 - 23 Avril : Les esprits sont de plus en plus surchauffés. |
27 Avril : A Paris, l'abolition de l'esclavage est décrétée. |
29 Avril : Les décrets d'abolition sont promulgués en France. En Martinique, la situation reste tendue, avec des incidents isolés sur certaines habitations, des arrestations de meneurs (notamment l'esclave Magloire...) |
Début Mai : Les autorités poursuivent les meneurs de troubles devant les tribunaux ; elles obligent à la reprise du travail. Des habitations sont désertées, sur d'autres les esclaves rechignent au travail. |
20-22 Mai : L'esclave Romain, de l'habitation Duchamp, est incarcéré sur la plainte du maire de Saint-Pierre : Hervé. Les esclaves de son atelier prennent sa défense et aidés de Pierrotins réclament sa libération devant la prison. La force est envoyée pour disperser la foule. Pory-Papy, maire adjoint mulâtre de Saint-Pierre, fait relâcher le prisonnier. Le maire le convoque devant le conseil municipal. Rassemblement à Saint-Pierre des esclaves de plusieurs ateliers qui tiennent à protéger Pory-Papy. Le conseil municipal inquiet devant les évènements vote en faveur de Pory-Papy et de l'abolition de l'esclavage. Huc, le maire du Prêcheur, notoirement opposé à l'abolition, fait tirer sur une colonne d'esclaves revenant de Saint-Pierre. Pendant une journée et une nuit, les esclaves investissent complètement la ville de Saint-Pierre. Une partie de la population blanche, se sentant menacée, tente de se réfugier dans les maisons ou sur des bateaux dans la rade. Dans la nuit, la maison de Sanois, opposé à l'abolition, est incendiée. Les 33 personnes qui s'y étaient réfugiées, notamment des femmes et des enfants, y périssent. La révolte gagne le sud de l'île et la côte atlantique. |
23 Mai : Tôt le matin, le gouverneur Rostoland, pour ramener la calme, proclame l'abolition de l'esclavage sans attendre le décret officiel. |
24 Mai : Le gouverneur Rostoland donne l'ordre aux navires d'appareiller pour mettre fin à l'agitation. La fête commence. Elle dure jusqu'au 28 mai : les maisons sont pavoisées, des cavalcades sont organisées, des vidés improvisés, des bals publics ont lieu. Des arbres de la liberté sont plantés à Fort-de-France et Saint-Pierre. Chaque commune proclame, entre le 25 et le 28 mai, l'abolition de l'esclavage. |
27 Mai : En Guadeloupe, le gouverneur Layrle, pour éviter des troubles semblables à ceux de la Martinique, proclame l'abolition de l'esclavage. |
3 Juin : Perrinon, Commissaire général de la République, envoyé par le Gouvernement provisoire, arrive avec le décret officiel d'abolition du 27 avril à la Martinique. Il est accompagné de Gatine, qui doit rejoindre la Guadeloupe. Perrinon proclame le décret du 27 avril...avec des modifications d'application. |